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Réhabiliter un mot: nationalisation
By Jean-Baptiste Blanc | March 27, 2008
Aujourd’hui, la gauche, même dans certaines de ses composantes « radicales », dénonce les privatisations et les libéralisations par la bande, en les attaquant sur leurs conséquences. Alors qu’il serait temps d’introduire dans le débat public la (re)nationalisation de certains secteurs de l’économie.
Interdiction des licenciements, interdiction des délocalisations, instauration d’une limite supérieure aux salaires des grands managers. Telles sont certaines des revendications que la gauche combative met en avant le plus souvent aujourd’hui face au grand capital.
Si l’on ne peut que se trouver en accord avec ces revendications, et s’il est juste de les soutenir, elles sont cependant notoirement insuffisantes. Comme beaucoup d’autres, elles ont en effet le double désavantage à la fois d’être négatives et défensives par leur formulation (comme les concepts en vogue, et qu’il faudrait pourtant éviter, d’anticapitalisme et d’antilibéralisme) et de relever d’une dénonciation partielle, en surface, et souvent « éthique » du système économique actuel. Elles ne permettent donc pas d’envisager une alternative au capitalisme. Il en va d’ailleurs de même de certaines campagnes écologistes, telles Ras la Fraise, la dernière en date, qui laissent malgré elles entendre qu’il est possible de combattre les problèmes écologiques créés par l’industrie agro-alimentaire et les grands distributeurs en moralisant ces derniers.
Or, le socialisme (un autre mot à réhabiliter, quoi qu’on envisage par ce terme et quoi qu’on pense des expériences du XXe siècle qui s’en sont revendiquées) suppose la socialisation des moyens de production et d’échange. Là doit se trouver le point central de tout projet politique de transformation sociale, quelles que soient ses références idéologiques. Certes, il faut discuter des voies et des modalités de cette appropriation sociale des moyens de production, en particulier en rapport à la petite propriété privée (agriculteurs, PME). Mais il n’en reste pas moins que, face au grand capital, en particulier mondialisé, il semble inconcevable de ne pas, dans un premier temps au moins, se donner un programme de nationalisations ambitieux.
C’est en particulier vrai dans le cas des secteurs-clés de l’économie, de l’industrie agro-alimentaire, des services et des banques.
Certes, les nationalisations ne sont pas une fin en elles. Il ne s’agit pas de remplacer l’actionnariat privé par l’actionnariat public. Les nationalisations doivent permettre une participation populaire aux décisions économiques et la planification démocratique du développement économique et social. Mais si les nationalisations ne sont pas intrinsèquement progressistes, elles sont pourtant la condition de la démocratisation de l’économie que beaucoup appellent de leurs vœux sans y associer de revendications précises.
La gauche défend courageusement les services publics existants. Mais pourquoi ne parle-t-elle jamais, ou presque, d’extension de ces derniers ? Ce n’est pas parce que la conjoncture nous est pour le moins défavorable qu’il faut se limiter à défendre des acquis.
Bizarrement d’ailleurs, alors qu’Evo Morales en Bolivie et Hugo Chávez au Venezuela nationalisent, la gauche européenne, qui soutient d’ailleurs non sans enthousiasme les projets socialistes latino-américains, est d’une grande timidité sur cette question. Peur qu’on lui ressorte l’épouvantail soviétique ? Peur d’éventuelles connotations nationalistes liées au terme même de nationalisation ? Dérive réformiste sur fond de perte de repères idéologiques depuis la disparition de l’URSS ? Certainement un peu des trois.
Et pourtant, au moment où les salaires des managers sont de plus en plus indécents, au moment où l’industrie agro-alimentaire cause des ravages écologiques et sociaux de plus en plus lourds, au moment où les licenciements se multiplient, l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange devrait plus que jamais être à l’ordre du jour. Réhabilitions donc ce beau terme de nationalisation !
Topics: politique fédérale |